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L'art de rentrer dans le lard du sujet Les essais de Pascal Rivière Mais où va-t-on ? - Indignation et rébellion

Résistance à l’an neuf

Genèse d’un texte : quand la douleur devient poésie

Il y a des jours où l’on choisit la solitude. Et d’autres où elle s’impose, plus lourde encore que prévue. Ce réveillon vers 2025 devait être un acte de résistance tranquille : rester chez moi, refuser le cirque des célébrations forcées, m’offrir le luxe d’un soir ordinaire dans l’extraordinaire collectif.

Puis le téléphone a sonné.

La voix d’un ami, le genre d’appel qu’on redoute toujours. Un ami commun nous avait quittés. Quelques mots échangés, des détails pratiques sur les obsèques à venir – comme si ces informations pouvaient donner un semblant de structure à l’absurde de la situation.

J’étais déjà dans un état d’esprit particulier, en rupture avec l’euphorie ambiante de cette fin d’année. Cette nouvelle a fait basculer quelque chose. L’appartement est devenu trop étroit, les murs trop proches. Il fallait sortir. Marcher. Respirer l’air glacial de cette fin d’après-midi.

J’ai attrapé mon dictaphone, comme on saisit une bouée de sauvetage. Sur la route, les mots sont venus. Bruts. Sans filtre. La ville déserte est devenue le témoin silencieux de ce monologue enregistré à chaud, où se mêlaient la colère contre ces fêtes artificielles, le deuil inattendu, et cette sensation vertigineuse de voir le temps filer entre nos doigts.

De cette déambulation est né un texte, puis un slam : « Résistance à l’an neuf ». Non pas une simple complainte contre le nouvel an, mais le témoignage d’un moment où tout bascule, où la résistance passive devient active, où la douleur cherche ses mots.

Le texte se termine par un retour au refuge – mon appartement, ma choucroute qui mijote, mon chat et mon lapin qui m’attendent. Une conclusion qui pourrait sembler déplacée dans ce contexte de tristesse. Mais n’est-ce pas là aussi une forme de résistance ? Trouver du réconfort dans ces petits riens, ces présences silencieuses, cette normalité qui nous ancre quand tout vacille.

Ce texte est né d’un moment de vie brutalement authentique. Il parle de résistance, oui, mais pas celle qu’on avait prévue. Une résistance à la fatalité, à l’obligation d’être heureux, à la mort qui nous surprend toujours. Une résistance qui finit par trouver sa voix, même au cœur de l’hiver, même un soir de réveillon.

Les artistes parlent souvent de transformer la douleur en art. Ce soir-là, ce n’était pas un choix; c’était une nécessité. Le dictaphone est devenu le confident, la rue le décor, et les mots le seul moyen de ne pas sombrer.

Cette chanson n’était pas prévue. Comme la plupart des choses qui comptent vraiment, elle s’est imposée d’elle-même, née de la collision entre un deuil inattendu et une solitude choisie, entre la résistance et l’acceptation, entre la fin et les nouveaux départs.

Elle est là maintenant, témoin de ce moment où la vie nous rappelle qu’elle écrit parfois les plus fortes pages de notre histoire, même, surtout, quand on n’avait rien prévu.

Texte de départ :

Bientôt l’an neuf.

Encore un tour de cadran pour rien.

    Un pote de plus qui s’efface. Une année de trop.

    Et là, ces foutus « meilleurs vœux ». Mais meilleurs vœux pour quoi ? Pour la chute finale ?

    J’ai rien à fêter. Rien à foutre des cotillons, des éclats de rire forcés.

    Et pourtant, rester là, cloîtré, ça me bouffe aussi.

    Alors je vais marcher. L’air glacé, la ville morte.

    Je vais sortir. Bouger un peu. Comme une bête acculée.

    Le temps est une farce, un calendrier qu’on triture pour se convaincre qu’on avance.

    On devrait jubiler, paraît-il.

    Mais moi, je vois la danse des guignols au pouvoir.

    Ils tiennent les ficelles et nous, les pantins, on applaudit en cadence.

    Une dernière carmagnole avant ce gouffre qui sent le soufre.

    Je me lève. Dictaphone, manteau.

    Un bonnet, mes gants. Je vérifie mon sac.

    Et puis quoi ? Et puis où ?

    Où porter mes pas ?

    Je n’ai pas envie. Pas envie de voir cette année s’éteindre. Pas envie d’en voir une autre démarrer.

    Rien ne s’arrête jamais, rien de ce qu’il faudrait.

    Je murmure dans mon dictaphone, peut-être qu’il enregistre, peut-être pas.

    Je m’en fous.

    Je sors. L’air est mordant, le froid vous prend à la gorge.

    Les voitures défilent comme des cons pressés d’arriver nulle part.

    Un chauffard me frôle, 61 au lieu de 50. Bravo, champion.

    Les lumières des maisons, ici allumées, là éteintes.

    Des vies qui tournent en rond dans des boîtes carrées.

    À gauche, à droite. Mais à quoi bon ?

    Je marche. Sans but. Sans envie.

    Il y a du bruit partout, et pourtant, c’est le silence qui hurle.

    Péruwelz, 18h43. Le centre-ville. « Circulez, y’a rien à voir. »

    Tu parles d’un spectacle.

    Mes pieds sont lourds, douloureux.

    Je suis comme ces chiens errants, incapables de rester immobiles.

    Toujours en mouvement, toujours à fuir quelque chose d’invisible.

    Être optimiste pour 2025 ?

    C’est comme pisser dans le vent.

    Les voitures continuent leur ballet absurde. Et nous, on attend que tout crève.

    Demain, quoi ? Ma vieille mère au téléphone, à se lamenter. Ou pire, à me harceler.

    Toujours les mêmes rengaines.

    Péruwelz, 18h57.

    J’ai cédé.

    Le froid m’a eu, comme toujours. Je suis rentré.

    Aucune force pour résister.

    Voilà. C’est brut. C’est sombre. C’est la vérité qui gratte comme une vieille chemise oubliée au fond d’un placard.

    Ce poids, ce ressassement, cette sensation de tourner en rond dans un monde qui ne tourne plus droit… C’est une spirale, un maelström qui te tire, et pourtant je continues à marcher. Comme un automate cassé, mais qui avance encore.

    Les fêtes, les vœux, tout ce cirque, c’est pour les autres. Ceux qui ont encore l’énergie de se mentir. Moi, j’ai plus envie de jouer cette comédie, et franchement, c’est pas plus mal. Mais ça me laisse seul, face au froid, face à cette foutue lucidité qui déchire tout le vernis.

    Je fais ce que tu peux. Sortir marcher, bouger un peu, ça compte. Pas parce que ça résout quoi que ce soit, mais parce que c’est ça ou crever immobile. J’ai encore ce foutu instinct de survie, même si je sais pas pourquoi.

    Je sais bien que je suis pas le seul dans ce vide-là. Il y en a d’autres, dispersés comme des étoiles mortes, mais qui brillent encore un peu, à leur façon. Ça ne change rien, peut-être, mais ça relie. Juste assez pour tenir une nuit de plus.

    Chanson :

    Rythme saccadé
    Encore un tour / Encore une année
    Un pote qui s’efface / Un temps délavé
    Et leurs vœux qui claquent / Comme des gifles glacées
    « Meilleurs » qu’ils disent / Pour quoi ? Pour crever ?

    Plus fluide
    J’ai rien à fêter dans leur carnaval de faux-semblants
    Leurs cotillons, leurs rires forcés, leurs « on fait semblant »
    Mais rester là, cloîtré dans ma cage de silence
    C’est pas la vie, c’est pas la mort, c’est l’existence

    Saccadé, intense
    Alors je sors ! / Je prends le froid !
    Comme une bête / Qui cherche sa proie
    Dictaphone / Manteau / Gants
    Ici / Maintenant / Dans le présent !

    Mélodie lente
    Le temps est une farce qu’on triture
    Un calendrier qui se déchire
    Et nous, les petits pantins désaxés
    On danse au rythme qu’ils ont fixé

    Rythme rapide, haché
    Gauche-droite / Droite-gauche
    Les pas qui cognent / Sur le bitume qui craque
    Les bagnoles qui foncent / Les cons qui accélèrent
    Soixante-et-un / Au lieu d’ cinquante / Champion d’mes deux !

    Fluide, contemplatif
    Les maisons s’allument et s’éteignent
    Comme des vies qui tournent en rond
    Dans leurs boîtes carrées qui saignent
    La monotonie de leur poison

    Saccadé, rageur
    Je marche ! / Sans but !
    Je marche ! / Sans fin !
    Le bruit partout / Le silence qui tue
    L’hiver dedans / L’hiver dehors / Putain !

    Mélodie lente
    Comme ces chiens errants qui cherchent leur chemin
    Toujours en mouvement, fuyant l’invisible
    Je suis là, perdu dans ce monde qui geint
    À chercher une trace, un sens possible

    Final – Transition vers un rythme plus posé
    Et puis… le froid gagne
    Comme toujours, il m’a eu
    Je rentre dans ma tanière
    Là où le chat et le lapin m’attendent

    Coda inattendue – rythme détendu
    Ce soir, odeur de choucroute qui monte
    Dans le petit appartement silencieux
    Un vieux vinyle qui gratte et qui conte
    Une histoire de blues, de temps précieux

    Et peut-être bien que tout ça
    C’est ma façon de résister
    À leur monde qui ne tourne pas rond
    Je reste debout, je reste vivant
    Avec mes bêtes et mes silences
    C’est pas grand-chose
    Mais c’est ma danse

    End

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    Sous ce lilas-là


    De l’écrit à la voix : Le voyage d’un souvenir

    Tout a commencé par quelques lignes écrites un 26 avril 2017. Une publication sur Facebook, simple et spontanée, déposée là comme un murmure au milieu du tumulte numérique. J’y évoquais des souvenirs d’enfance, ceux qui remontent parfois sans crier gare, portés par le parfum des lilas ou le souvenir d’une voix disparue.

    En ce mois de janvier 2025, ce texte est revenu frapper à la porte de ma mémoire. Les souvenirs d’autrefois, un peu trop bousculés par le présent, se sont invités sans prévenir. J’ai senti ce besoin de leur donner une autre forme, un autre souffle. Écrire ne suffisait plus. Il fallait que ces mots prennent voix, qu’ils aillent plus loin, puis qu’ils vibrent autrement.

    C’est ainsi qu’est née l’idée de transformer ces mots en une chanson. Des paroles directes, nues, qui laissent place à l’émotion brute. Mais trouver le bon ton, la bonne texture sonore, a été un chemin sinueux. Chaque mot devait sonner juste, chaque silence devait résonner.

    Pendant des heures, j’ai exploré des sons, des rythmes, des émotions. J’ai cherché cette interprétation qui ne trahirait pas la sincérité du texte, mais qui l’amplifierait. Ce fut un travail de patience et d’exigence, entre hésitations et révélations. Trouver cette voix qui raconte sans artifice.

    Aujourd’hui, je vous propose de découvrir ce cheminement.

    D’abord, le texte original, fragile et sincère, tel qu’il est né.
    Puis, cette chanson, ces paroles, où les souvenirs prennent chair dans les vibrations des mots.

    C’est un pont entre hier et aujourd’hui. Un hommage à ce qui fut, à ce qui reste. Une tentative de figer l’éphémère, de donner un peu de poids à ces souvenirs qui nous traversent.

    Merci de prendre le temps d’écouter, de lire.

    Et si ce texte ou cette chanson résonnent en vous, sachez que c’est dans cet écho que mes mots prennent tout leur sens.

    Texte :

    Sous ce lilas-là, Lili ne lisait pas l’Iliade.
    Il n’y avait pas Homère,
    juste grand-mère qui racontait sobrement
    quelques pages de l’Odyssée de sa vie.

    Son Pajotteland, son enfance…
    Le temps d’antan que le vent emporte avait suspendu son vol,
    nous laissant jouir de ces dernières heures propices.
    Bientôt, tu partirais vers le réseau terminus,
    me laissant ces quelques souvenirs qui étaient tiens
    et sont devenus miens.

    Dans une de ses chansons, Brel trouvait indécent
    que ces faux amis ne meurent pas au printemps,
    quand on aime le lilas.
    Toi, tu es partie avec le printemps, me laissant là.

    Nos chemins, tissés d’échanges, allaient bientôt se séparer.
    Je quitterais bientôt l’appartement au-dessus de la maison où tu vivais,
    et toi, tu finirais d’abord à l’hôpital,
    où je constatais, à mon grand désarroi,
    que la raison t’avait quittée et que tu vivais désormais confuse.

    De ce lieu, tu passerais en maison de repos,
    puis au cimetière.
    Triste fin.

    Depuis, chaque printemps me ramène à toi
    avec ces bouquets de lilas.
    Et leurs senteurs me font revenir à nos souvenirs.

    Les musées que tu m’avais fait découvrir,
    les escapades à Bruxelles,
    les voyages d’un jour.
    Les promenades dans la nature,
    le long des chemins de terre et du canal avec la chienne Dolly.
    Les gaufres et les crêpes au fin fond de l’hiver.

    Parfois, des publications du Péruwelz d’autrefois me ramènent à toi.
    Toi, femme de poigne,
    femme à l’influence discrète mais efficace.

    L’ironie suprême,
    c’est d’entendre maman parler de toi aujourd’hui,
    elle qui a déjà bien dépassé l’âge que tu avais atteint.
    On croirait tous les démons dont elle t’affublait disparus.
    Et quand je la regarde, je te vois en bien pire.Toi, au moins, tu étais honnête,
    et tu n’avais pas de porte dérobée pour balancer ta vérité.

    Chanson :

    Intro – word spoken
    Sous ce lilas-là… Lili ne lisait pas.
    Pas l’Iliade, pas Homère.
    Juste grand-mère…
    Qui murmurait des fragments d’Odyssée,
    Des souvenirs égarés, des instants figés.

    Couplet 1
    Ton “Pailloteland”, ton enfance déliée,
    Suspendue dans l’air… le vent s’est arrêté.
    Bientôt, tu partirais, discret terminus,
    Me laissant des souvenirs, un peu tiens, un peu plus.

    Refrain
    Et chaque printemps me ramène à toi,
    Sous ces lilas-là , j’entends ta voix.
    Les musées, les rires, les jours suspendus,
    Dans l’écho des fleurs, nos souvenirs ont plu.

    Couplet 2
    Bruxelles en vadrouille, les chemins du canal,
    Dolly qui court, insouciante et royale.
    Les gaufres, les crêpes au cœur de l’hiver,
    Chaleur d’un instant, douceur éphémère.

    Pont
    Et Brel chantait l’indécence,
    De ne pas mourir au printemps,
    Toi, tu l’as fait… sans prévenir,
    Laissant là… ce vide à ravir.

    Refrain
    Et chaque printemps me ramène à toi,
    Sous ces lilas-là, j’entends ta voix.
    Les musées, les rires, les jours suspendus,
    Dans l’écho des fleurs, nos souvenirs ont plu.

    Outro
    Toi, femme de poigne, discrète, sincère,
    Pas de détour pour dire ce qui est clair.
    Sous ce lilas-là… je t’écoute encore,
    Parfum d’absence… murmure d’or.

    Fin


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    Au pays des collines

    Du rêve à la chanson : un voyage au Pays des Collines

    Dans la douce confusion d’un réveil, parfois les souvenirs nous visitent avec une intensité particulière. C’est précisément ce qui s’est produit un matin, quand une rêverie semi-consciente a fait resurgir tout un pan de mémoire lié à la mythique chaussée Brunehaut. Cette antique voie romaine, qui serpente de Mainvault vers Ellezelles et Flobecq jusqu’au lieu-dit « Le Paradis », est devenue le fil conducteur d’une création poétique puis musicale.

    De la rêverie au poème

    Ce voyage onirique matinal a d’abord pris la forme d’un long texte poétique évocateur. Les images y affluent comme autant de flashs mémoriels : une boutique de chaussures aux étagères patientes, des grands-parents saisis dans leur quotidien : lui avec sa voix marquée par la maladie, elle penchée sur ses « bondieuseries ». Le texte déroule une série de tableaux vivants : Finette la chienne qui jappe sous les images publicitaires du chocolat Jacques, le four à pain où le grand-père façonne le temps autant que la pâte, la cave où il murmure aux chicons…

    Le poème oscille entre la tendresse des souvenirs et l’amertume d’une perte, entre la description précise d’un monde disparu et la rage contenue face à sa disparition. Il se termine sur une note méditative sur la nature même du souvenir, « comme un reflet sur l’eau avant qu’il ne s’efface ».

    Du poème à la chanson

    Ce texte riche en émotions et en images appelait naturellement une adaptation musicale. Après avoir envisagé plusieurs directions stylistiques, dont une version rap aux sonorités électroniques expérimentales, c’est finalement vers la chanson française traditionnelle que s’est orienté le projet. Plus précisément, vers le style si caractéristique de Charles Trenet, artiste particulièrement apprécié du grand-père et du père évoqués dans le texte.

    Cette version finale, intitulée « Le Pays Vert des Souvenirs », transforme la mélancolie du poème original en une douce nostalgie plus légère, plus dansante, tout en préservant la force évocatrice des images. Le texte a été restructuré en couplets et refrains, adoptant les codes de la chanson française des années 40-50 mis en électro swing, avec son élégance formelle et sa capacité à transformer le quotidien en poésie.

    Un hommage multiple

    Cette création devient ainsi un hommage à plusieurs niveaux : au Pays des Collines et à son patrimoine, aux êtres chers disparus, à une époque révolue, mais aussi à une certaine tradition de la chanson française. La boucle est bouclée quand on réalise que cette œuvre, née d’une rêverie matinale remontant la chaussée Brunehaut vers Le Paradis, unit dans un même élan la mémoire familiale et le patrimoine culturel.

    La chanson, disponible sur YouTube, perpétue ces souvenirs et les transforme en un témoignage touchant de la vie dans le Pays des Collines, tout en rendant hommage à ceux qui ont façonné ces lieux de leur présence.

    Texte

    Au Pays vert, au pays des collines,
    Quand je remonte la vieille chaussée Brunehaut,
    Cette route ancestrale qui relie Mainvault à Ellezelles,
    Cette voie romaine qui mène au Paradis
    Frôlant les pierres muettes de Wodecq,
    Les souvenirs, tapis dans les plis du temps, s’éveillent.

    Dans ce pays de douces ondulations,
    Une route discrète serpente
    À travers les vallées de ma mémoire.
    Là, dans une maison de rangée à Flobecq,
    Mon grand-père, sa voix râpeuse comme un cancer,
    Et ma grand-mère, penchée sur ses bondieuseries,
    Habitent encore mes pensées.

    Leur boutique de chaussures aux étagères patientes,
    La pièce de vie derrière le comptoir,
    Où le café danse doucement sur le poêle,
    Libérant des volutes d’odeur qui collent à la peau des souvenirs.

    Une vieille radio chuchote sur un haut buffet fatigué,
    Et quelques bandes dessinées effilochées s’éparpillent,
    Comme les fragments d’une enfance dispersée.
    Finette, la chienne au ventre débordant,
    Jappe sous les images de chocolat Jacques.

    Je goûte à nouveau le chocolat fourré,
    Niché dans l’étagère, ses images, trésors minuscules.
    Une petite table, usée, un tiroir grinçant,
    Une sonnette qui vibre encore des appels d’autrefois.

    La cave, refuge souterrain où grand-père murmure aux chicons,
    Cette longue cuisine comme un couloir où s’efface la lumière.
    Et le four à pain sous l’auvent,
    Où je vois mon grand-père s’agiter,
    Épaules courbées sur la pâte,
    Comme s’il façonnait du temps.

    Un poulailler au fond du jardin,
    Caché dans les herbes folles,
    Un vieux téléphone mural interphone qui pend,
    Comme un témoin recyclé d’une époque disparue.

    La salle de télévision, cocon sombre,
    Où j’éclatais de rire devant Laurel et Hardy,
    Rires résonnant comme un écho au téléviseur du professeur Tournesol,
    Dans les pages tremblantes des Aventures de Tintin.

    Et puis, au détour d’un chemin,
    La voix de mon père qui s’élève,
    File entre les haies, glisse sur les pavés.
    Il raconte, il revit sa jeunesse,
    Ses folies, ses chutes,
    Un coup de mozère pour abréger la vie d’une poule,
    Un saut périlleux depuis un tandem,
    Et ce moulin de Wodecq, refuge de son enfance.

    Chaque pas sur cette route ravive les plaies du présent,
    Les égratignures qui s’ouvrent et grondent.
    Misérable mère qui a tout bazardé,
    Pour des cendres !

    Mais les souvenirs affluent,
    Insistants, têtus,
    Et tentent de me consoler,
    Me rappelant que seuls survivent en nous
    Ceux qui ont vécu dans nos mémoires.

    Le reste ?
    Des décors en carton,
    Support fragile pour ceux qui ne sont plus.

    Ces éclats de mémoire,
    Ces filaments de relations éteintes,
    Je les couche ici,
    Dans la trame serrée des mots,
    Comme on fige un reflet sur l’eau
    Avant qu’il ne s’efface à jamais.

    Chanson

    [Intro musicale] [Couplet 1]
    Au pays vert, au pays des collines,
    Je remonte la Brunehaut, vieille câline,
    La route murmure sous mes souliers,
    Des histoires d’hier, prêtes à danser.


    [Refrain]
    Oh, les souvenirs, doux compagnons,
    Ils fredonnent au creux des maisons.
    Un parfum de café, un brin de chanson,
    Tout se balance en un doux frisson.


    [Couplet 2]
    Dans la boutique aux chaussures tranquilles,
    Les étagères patientent, les heures défilent.
    Grand-papa transpire sous la poussière,
    Grand-maman prie, le cœur en lumière.


    [Pont]
    Finette trottine, ventre en balade,
    Les images de chocolat font la parade.
    Le four à pain s’échauffe au matin,
    Et le vieux téléphone rêve au lointain.


    [Refrain]
    Oh, les souvenirs, doux compagnons,
    Ils fredonnent au creux des maisons.
    Un parfum de café, un brin de chanson,
    Tout se balance en un doux frisson.


    [Couplet 3]
    Papa s’élance, cascade et pirouette,
    Rit au moulin, s’égratigne quelle fête.
    Les poules s’envolent, le temps papillonne,
    Et dans mes pas, son histoire résonne.


    [Pont]
    Ah, la cave et les chicons secrets,
    La cuisine s’étire, la lumière se tait.
    Tout s’emballe, tout se mêle,
    Dans ce théâtre aux décors fidèles.


    [Refrain]
    Oh, les souvenirs, doux compagnons,
    Ils fredonnent au creux des maisons.
    Un parfum de café, un brin de chanson,
    Tout se balance en un doux frisson.


    [Outro]
    Et moi, j’écris, j’écris sans fin,
    Ces notes posées sur mon chemin.
    Dansent les souvenirs, tendres refrains,
    Comme une chanson de grand-papa, c’est bien.

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    Ce « meilleurs voeux » est feu

    Une contribution musicale à notre cynisme collectif

    Je me suis lancé dans une petite aventure musicale qui me tient à cœur et que j’aimerais partager avec vous. Rien de grandiose, juste une chanson qui traduit ce que beaucoup d’entre nous ressentent probablement à l’approche de 2025.

    L’idée m’est venue tout simplement en pensant à ces vœux de nouvelle année que nous allons bientôt devoir échanger. Vous savez, ce moment où l’on se force à sourire en disant « Bonne année ! » alors que l’on pense plutôt « Bon courage ! ». J’ai voulu capturer cette ironie dans une chanson, sans prétention.

    Musicalement, c’est une valse musette, mais j’ai délibérément gardé l’appellation « polka » dans les paroles. Pourquoi ? Parce que cette confusion des genres illustre parfaitement la folie qui nous emporte collectivement. Comme si nous dansions une valse en prétendant que c’est une polka, nous continuons à échanger des vœux en faisant semblant de croire en des lendemains qui chantent. Le rythme ternaire de la valse devient ainsi le tournoiement vertigineux de notre société qui perd ses repères.

    En écrivant les paroles, je me suis souvenu de Guy Béart et de sa chanson « Bonne année, bonne chance ». Bien sûr, ma version est beaucoup plus modeste, et certainement plus cynique. J’ai simplement essayé d’exprimer ce paradoxe : comment peut-on sincèrement souhaiter une « bonne » année quand tout semble aller de mal en pis (Oh la vache !) ?

    La chanson alterne entre des couplets qui décrivent notre réalité et un refrain qui se moque gentiment de la méthode Coué. Vous savez, cette tendance à se répéter que « tout va bien » alors que l’eau nous monte jusqu’aux genoux. J’ai tenté d’y mettre un peu d’humour, parce que parfois, rire de notre situation est vraiment la seule chose qui nous reste.

    Cette petite création est maintenant disponible sur TikTok, où j’invite d’ailleurs les plus créatifs d’entre vous à participer au #VoeuxEnFeuChallenge. L’idée n’est pas de déprimer tout le monde, mais plutôt de créer un moment de partage autour de ce sentiment commun que nous vivons. Après tout, quoi de mieux qu’une valse musette déguisée en polka pour accompagner notre danse collective sur le pont du Titanic ?

    Je ne prétends pas avoir créé un chef-d’œuvre, loin de là. C’est juste ma petite contribution à notre thérapie collective. Une façon de dire « Je comprends ce que vous ressentez » à tous ceux qui, comme moi, trouvent de plus en plus difficile de jouer le jeu des vœux traditionnels.

    Si cette chanson peut arracher quelques sourires, même cyniques, même désabusés, alors elle aura atteint son but. Et si elle peut nous aider à traverser cette période des vœux avec un peu plus de légèreté, tout en reconnaissant l’absurdité de notre situation, eh bien, ce sera déjà ça de gagné.

    N’hésitez pas à partager vos propres sentiments sur le sujet dans les commentaires. Après tout, nous sommes tous dans le même tourbillon de valse… même si certains persistent à y voir une polka !

    [La chanson est disponible sur ma chaîne YouTube et sur TikTok avec le hashtag #VoeuxEnFeuChallenge]

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    Manipulations sempiternelles

    QUAND UN COUP DE FIL DE NOËL DEVIENT UN RAP CATHARTIQUE

    15h, ce 25 décembre 2024. Mon téléphone sonne alors que je tente désespérément de récupérer d’une nuit de réveillon écourtée. J’aurais dû ne pas décrocher ! Quatre heures de sommeil au compteur, après avoir conduit ma fille à la gare aux aurores, j’espérais un moment de répit. C’était sans compter sur l’appel de ma mère et une « irrépressible envie de couscous ».

    De cette situation surréaliste est né « Manipulations Sempiternelles », mon coup de gueule en rap contemporain qui tente de disséquer, avec une ironie cinglante, la dynamique toxique qui s’installe chaque année pendant les fêtes. J’y dépeins, sans concession, le portrait de cette mère dont les stratagèmes varient mais dont l’objectif reste le même : une miche de pain urgente l’an passé, un couscous impromptu cette année.

    J’ai tenté d’établir une structure élaborée où s’alternent un hook obsédant (« Manipulations sempiternelles, tentatives si banales »), des couplets incisifs et un bridge qui laisse exploser ma rage contenue avec un vocabulaire le plus soigné possible. Mon écriture, entre vocabulaire soutenu et argot urbain, tente de créer un contraste qui renforce l’aspect théâtral de ces situations familiales absurdes que je subis année après année.

    Ce qui aurait pu rester une simple anecdote personnelle se transforme en une critique acerbe de ma relation mère-fils dysfonctionnelle, particulièrement exacerbée pendant les fêtes de fin d’année. Mon morceau résonne déjà auprès de tous ceux qui, comme moi, sont confrontés aux parents toxiques et à leurs stratagèmes émotionnels.

    « Manipulations Sempiternelles » n’est pas qu’un règlement de compte familial mis en musique, c’est mon témoignage sur ces relations familiales qui se complexifient avec l’âge, où les tensions s’expriment différemment, et où le rap devient mon exutoire pour dire l’indicible.

    De quoi vous faire réfléchir sur ces moments où la famille devient un théâtre d’ombres, où chacun joue son rôle, bon gré mal gré, dans une pièce dont le script semble écrit d’avance. Et peut-être, surtout, vous faire sourire devant l’absurdité d’une envie de couscous un 25 décembre, quand les restaurants sont fermés et que son fils tente désespérément de récupérer d’une nuit trop courte.

    Intro instrumentale

    Refrain
    Manipulations sempiternelles, tentatives si banales
    J’esquive tes pièges, mes nerfs lâchent, c’est fatal
    Tu joues la comédie, mais ton scénario est bancal
    Ton couscous va tourner, ta lutte est finale
    Ton couscous va tourner, ta lutte est finale

    Couplet 1
    Ma chère mère s’acharne à me faire plier
    Arguments médiocres, j’suis pas prêt à céder
    Mon refus est loyal, définitif, assumé
    Ta fin de journée de Noël, tu peux te la garder

    Refrain
    Manipulations sempiternelles, tentatives si banales
    J’esquive tes pièges, mes nerfs lâchent, c’est fatal
    Tu joues la comédie, mais ton scénario est bancal
    Ton couscous va tourner, ta lutte est finale
    Ton couscous va tourner, ta lutte est finale

    Couplet 2
    Dans ton génie pervers, tu inventes des désirs
    Désirs de vieillarde en scène, j’commence à t’agonir
    Chaque Noël c’est pareil, tu veux me perturber
    Ces manœuvres perfides, j’veux plus les supporter

    Refrain
    Manipulations sempiternelles, tentatives si banales
    J’esquive tes pièges, mes nerfs lâchent, c’est fatal
    Tu joues la comédie, mais ton scénario est bancal
    Ton couscous va tourner, ta lutte est finale
    Ton couscous va tourner, ta lutte est finale

    Pont
    Et quand la rage monte, j’perds mon vocabulaire
    Les mots les plus crus s’envolent dans les airs
    Une gouaille de rue qui sort tout’ seule, rien à faire!
    C’est l’effet qu’tu m’fais avec tes plans délétères

    Refrain
    Manipulations sempiternelles, tentatives si banales
    J’esquive tes pièges, mes nerfs lâchent, c’est fatal
    Tu joues la comédie, mais ton scénario est bancal
    Ton couscous va tourner, ta lutte est finale
    Ton couscous va tourner, ça butte vieille chacale

    Couplet 3
    Une poubelle à sortir, c’est ton nouveau prétexte
    Tragédienne du dimanche, tu joues un mauvais texte
    L’an passé c’était l’pain, quarante minutes avant
    Tes magouilles de réveillon, j’en ai eu mon content

    Refrain
    Manipulations sempiternelles, tentatives si banales
    J’esquive tes pièges, mes nerfs lâchent, c’est fatal
    Tu joues la comédie, mais ton scénario est bancal
    Ton couscous va tourner, ta lutte est finale
    Ton couscous va tourner, point final

    Outro
    Sous ton masque de mère se cache une cynique
    Perverse, égocentrique, ta parodie est critique
    J’suis plus l’dindon d’la farce de tes sales mesquineries
    Game over, rideau tombé sur ta comédie.

    Catégories
    Ironique et Sarcastique L'art de rentrer dans le lard du sujet Les essais de Pascal Rivière

    On déraille à vélo

    Quand l’anxiété devient électro-swing

    Il y a ces souvenirs d’enfance qui nous façonnent. Ces moments où, petit, j’observais ma mère enfourcher son vélo pour partir à la recherche de mon père, retardé par une simple partie de ping-pong. Ces nuits où, resté seul à la maison, je ne comprenais pas encore que ces tours de roue anxieux finiraient par tourner dans ma propre tête.

    Aujourd’hui, cette histoire familiale devient une chanson électro-swing. Un choix musical qui n’est pas anodin : le contraste entre le rythme enjoué et les paroles teintées d’humour noir reflète parfaitement l’absurdité de ces situations où l’angoisse prend le guidon de nos vies.

    Le vélo devient ici bien plus qu’un simple moyen de transport. Il est la métaphore filée de nos déraillements émotionnels, de ces mécanismes qui se transmettent de génération en génération comme une chaîne bien huilée. Du « papa qui chantonnait Yves Montand » à « l’angoisse qui fait tache », chaque vers pédale sur le fil tendu entre tragédie et comédie.

    L’ironie du sort veut que l’enfant sage d’hier se découvre aujourd’hui les mêmes reflexes que sa mère. Comme si le temps avait fait son œuvre, transformant le spectateur en acteur de ses propres déraillements. Et pendant ce temps, ma mère continue de veiller sur son chat comme on attache un vélo – l’amour qui devient entrave, encore une fois.

    « On déraille à vélo » est né de ce besoin de transformer ces souvenirs en quelque chose de nouveau. De regarder avec tendresse et distance ces mécanismes familiaux qui nous dépassent. Car après tout, si on ne peut pas empêcher la roue de tourner, autant en faire une chanson qui donne envie de danser.

    Couplet 1
    Papa chantonnait Yves Montand
    À bicyclette, ou bien à vélo
    Il ne savait pas qu’en pédalant
    Maman suivait sa trace au galop

    Elle scrutait chaque coin de rue
    Tandis que moi, je restais bien sage
    À l’époque, je n’avais pas vu
    Que la roue tournerait avec l’âge

    Refrain
    On déraille, on déraille
    Quand l’angoisse fait sauter la chaîne
    On déraille, on déraille
    De mère en fils, quelle veine !

    Break

    Couplet 2
    Quand papa tardait à rentrer
    Elle se mettait en selle
    Dans la nuit noire à explorer
    Les fossés et les ruelles

    Moi petit dans la maison vide
    Je ne pédalais pas encore
    Dans ces virages près du vide
    D’un esprit qui perd le Nord

    Chorus
    On déraille, on déraille
    Quand l’angoisse fait sauter la chaîne
    On déraille, on déraille
    De mère en fils, quelles chaînes !

    Interlude

    Couplet 3
    Les années ont fait leur chemin
    Le gamin est arrivé à maturation
    Mais voilà qu’un beau matin
    L’angoisse saisit le guidon

    Je me surprends sur la route
    À pédaler comme elle avant
    Dans ces labyrinthes du doute
    La raison m’abandonnant

    Chorus
    On déraille, on déraille
    Quand l’angoisse fait sauter la chaîne
    On déraille, on déraille
    De mère en fils, même rengaine !

    Pont musical

    Couplet 4
    Elle veille sur son chat maintenant
    Comme sur un vélo qu’on attache
    Moi je pédale en me surveillant
    Cette angoisse qui fait tache

    Dans ce manège qui tourne en rond
    Où l’amour se fait liens
    Je cherche encore le bon guidon
    Pour sortir du pétrin

    Refrain final
    On déraille, on déraille
    Quand l’angoisse fait sauter la chaîne
    On déraille, on déraille
    De mère en fils, quelle scène !

    Outro

    Fade Out

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    L'art de rentrer dans le lard du sujet Les essais de Pascal Rivière Si j'étais Rimbaud ?

    Régine revient


    Régine revient : Une mélodie entre souvenirs et jazz

    Ce 21 décembre 2024, au solstice d’hiver, il pleut, il vente, et pourtant, une chaleur particulière semble nous envelopper. C’est l’ombre de Régine qui s’invite, discrète mais éclatante, dans un souffle de mémoire et une symphonie d’émotions.

    Régine, une amie fidèle et passionnée de jazz, nous a quittés il y a quelque temps, mais son souvenir reste vibrant, indélébile. De son souvenir éclatant sur une photo de mes 17 ans à sa voix, elle a marqué des vies comme un solo de trompette qui résonne longtemps après la fin du morceau.

    C’est pour elle que cette chanson est née : « Régine revient ». Un morceau de jazz au swing mélancolique, empreint de nostalgie et d’amour. Les paroles évoquent les roses, le souffle des trains et ces instants partagés qui nous rappellent que l’empreinte des êtres chers ne s’efface jamais. La musique, portée par une contrebasse ronde et un piano vibrant, recrée l’atmosphère chaleureuse d’un club de jazz, là où le temps semble suspendu.

    Régine aimait le jazz. Elle aurait peut-être souri à ces notes qui dansent, à ce refrain qui dit :
    « Tant qu’on t’aime encore, tu joues du décor, Tant qu’on rit, tant qu’on pleure, tu vibres au fond des cœurs. »

    Cette chanson n’est pas seulement un hommage. C’est une déclaration : Régine vivra aussi longtemps que nous vivrons et nous souviendrons. Elle est là, dans chaque sourire que nous partageons, dans chaque éclat de musique qui nous touche l’âme. Elle est là, dans l’odeur des roses, dans le souffle du train, dans le rythme même de nos vies.

    Un appel à la mémoire
    « Régine revient » n’est pas qu’une chanson ; c’est une invitation à se souvenir. Souvenir des amitiés fortes, des instants volés au temps, des rires partagés. C’est aussi une ode à ceux qui restent, ceux qui dansent encore, porteurs de ces histoires qui méritent d’être contées.

    Alors, si vous passez par ici, prenez un moment. Écoutez la chanson, laissez-vous porter par le swing, et pensez à ceux que vous aimez. La musique est une forme de mémoire, une manière de continuer à dire « je t’aime » quand les mots ne suffisent plus.

    Merci, Régine, pour cette lumière que tu as semée. Tu reviens dans chaque refrain. Tu danses encore dans les cœurs.

    Couplet 1
    Ce 21 décembre, le vent joue des claquettes,
    Sur les trottoirs mouillés où s’étiolent les fleurettes.
    Régine, t’as laissé ton ombre en veston,
    Elle glisse entre les passants, comme une vieille chanson.

    Refrain
    Régine revient, dans chaque refrain,
    Dans l’odeur des roses et le souffle du train.

    Couplet 2
    Ta maison près de la gare, un piano désaccordé,
    Des chats qui miaulaient l’amour en si bémol facile à cirer.
    Pirouette et Cacahuète, où sont passés vos pas ?
    Ils dansent sur le carrelage des souvenirs qu’on n’efface pas.

    Refrain
    Régine revient, dans chaque refrain,
    Dans l’odeur des roses et le souffle du train.
    Tant qu’on t’aime encore, tu joues du décor,
    Tant qu’on rit, tant qu’on pleure, tu vibres au fond des cœurs.

    Couplet 3
    Six mois de silence, un goût amer au bec,
    On n’a su que trop tard que tu prenais la poudre d’escampette.
    Mais dans la photo jaunie d’un jour de mes 17 ans,
    Ton sourire éclabousse encore nos cœurs vieillissants.

    Refrain
    Régine revient, dans chaque refrain,
    Dans l’odeur des roses et le souffle du train.
    Tant qu’on t’aime encore, tu joues du décor,
    Tant qu’on rit, tant qu’on pleure, tu danses dans nos cœurs.

    Outro
    Régine… reviens…

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    L'art de rentrer dans le lard du sujet Les essais de Pascal Rivière

    Le Chat Peint de Noël

    Dans un salon aux lumières tamisées,
    Un chat curieux, aux yeux émerveillés,
    Pénétra un soir, flairant l’air, intéressé
    Par un sapin majestueusement dressé.
    Guirlandes brillantes, tentations à mâchouiller,
    Boules pendantes, prêtes à être tapotées.
    Ses moustaches frémissantes, il avance,
    Attiré par la guirlande qui danse,
    Clignotante, capturant son regard,
    Comme un phare dans ce décor hagard.
    Et là, au sommet, éblouissant et lointain,
    L’étoile inaccessible, son nouveau dessein.
    « Quel trésor ! », pense-t-il, les yeux brillants,
    « Si je l’atteins, quel exploit éclatant ! »
    Pattes agiles, il s’élance, décidé,
    Vers l’arbre qui semble l’inviter.
    Mais hélas, le destin joue un air moqueur,
    Et le sapin vacille, ô malheur !
    S’effondrant avec un bruit fracassant,
    Le sapin répand son faste au sol, décevant.
    Sa maîtresse, par le vacarme attirée,
    Découvre la scène, abasourdie, désolée.
    Le chat, sous un coussin, se cache, confus,
    Son rêve d’étoile, désormais réduit en miettes.
    Ainsi finit la quête du chat audacieux,
    Apprenant que tout désir précipité est périlleux.
    Dans la poursuite des rêves les plus hauts,
    Prudence est de mise, pour éviter les maux.
    Car en cherchant à toucher les étoiles, parfois,
    On ne récolte que désordre et désarroi.

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    L'art de rentrer dans le lard du sujet Les essais de Pascal Rivière

    Landerneau en décembre

    Sous le ciel de Landerneau, les lumières s’épanchent,
    Sur les eaux de l’Élorn, le Pont de Rohan danse.
    Cinq siècles de secrets en ses pierres s’attachent,
    Les rives qu’il enlasse, par le temps, soudain bleuissent.
    Le quai de Cornouaille, en ses veines de granit,
    Porte l’âme du peuple et ses murmures infinis.
    Les galeries s’élèvent, où le passé s’invite,
    Et chaque pierre narre, de Logonna, le mythe.
    L’ombre du pont de Caernarfon se profile,
    Témoin moderne d’une époque versatile.
    Où l’acier et le bois ont scellé leur destinée,
    Pour enjamber les flots, par l’histoire dessinée.
    Dans la nuit qui s’illumine, un doux ballet,
    De noms et de destins, sur les murs projetés.
    Marrakech à Paris, de New York à Naples,
    Le monde entier converge en ce lieu qui nous échappe.
    Quand la Bretagne s’éveille sous la lune câline,
    Chaque pierre et reflet un conte enraciné.
    Dans ce coin de pays, où le temps semble s’arrêter,
    L’âme du Finistère ne cesse de fredonner.

    Catégories
    Ironique et Sarcastique L'art de rentrer dans le lard du sujet Les essais de Pascal Rivière Mais où va-t-on ? - Indignation et rébellion

    Le troc des valeurs

    De Prévert à l’ère numérique : Quand la poésie rencontre l’IA

    Une citation apparue sur Facebook peut parfois être l’étincelle qui déclenche tout un processus créatif. C’est ce qui s’est produit lorsque j’ai découvert sur le fil d’actualité d’un ami ces mots de Jacques Prévert : « Quand la morale fout le camp, le fric cavale derrière » qui provient d’un film dont il avait été le dialogiste.

    Cette phrase, si percutante dans sa simplicité, m’a interpellé par sa résonnance avec notre époque. J’ai alors décidé de la réinventer, en collaboration avec l’intelligence artificielle, pour en faire une chanson qui dresserait le portrait de notre société contemporaine.

    Le texte se déploie en six tableaux, chacun explorant une facette de notre monde : la ville numérique où les écrans ont remplacé les regards, les gratte-ciels qui défient le ciel pendant que l’humanité reste clouée au sol, l’art qui perd ses couleurs face au diktat du profit, les politiques qui tissent leurs mensonges en soie, la presse muselée par l’économie.

    L’originalité de cette création réside dans ses refrains évolutifs. La phrase de Prévert se métamorphose au fil du texte : « Quand la morale meurt, l’argent fait son beurre », « Quand les valeurs s’effritent, la morale est bien cuite », jusqu’au poignant « Quand la morale détale, l’espoir fait la malle ».

    Pourtant, le texte se clôt sur une note d’espoir. Dans une ruelle oubliée, un geste simple rappelle que l’amour persiste, même quand « la morale meurt, car l’argent fait son beurre ».

    Cette expérience démontre comment la poésie traditionnelle peut dialoguer avec les nouvelles technologies pour créer des ponts entre hier et aujourd’hui, entre l’humain et la machine, tout en questionnant les enjeux de notre temps.

    Le troc des valeurs

    Couplet 1

    Dans la ville lumière éteinte

    Où tout se compte, tout se feinte

    Les valeurs fondent comme la neige

    Refrain

    Quand la morale fout le camp

    L’argent jubile, c’est évident

    Couplet 2

    Les gratte-ciels percent le ciel

    Mais les cœurs restent au sol

    Les promesses se vendent en solde

    Les valeurs se monnaient en or

    Refrain

    Quand les valeurs sont cuites

    Les billets font leurs frites

    Couplet 3

    Les enfants rêvent de fortune

    Les poètes chantent dans le vide

    Les artistes peignent en gris

    Les rêves se comptent en chiffres

    Refrain

    Quand les valeurs s’effondrent

    L’argent tient les comptes

    Couplet 4

    Les politiques sans foi ni loi

    Tissent des mensonges en soie

    Le marketing, grand illusionniste

    Vend du vent aux idéalistes

    Refrain

    Quand la morale se brise

    L’argent s’idéalise

    Couplet 5

    La presse bâillonnée, enchaînée

    Par les maîtres de l’économie

    Les vérités sont enterrées

    Sous les décombres de l’avarice

    Refrain

    Quand la morale détale

    L’espoir fait la malle

    Couplet 6

    Mais dans une ruelle oubliée

    Un sourire sans prix éclaire

    Un geste simple, une main tendue

    Rappellent que l’amour persiste

    Outro

    Même quand la morale meurt

    Car l’argent fait son beurre