Accompagné par l’intelligence artificielle et inspiré par Rimbaud, Verlaine, Prévert, Hugo et bien d’autres grands auteurs, je m’efforce de me hisser à leur cheville en exprimant mes idées, en scénarisant ces récits et écrits.
Il s’appelait Pierre Chanteau. Il est mort dans la nuit du 27 mars, et la mer le sait.
Ce n’est pas un homme qui disparaît, c’est un regard qui s’embrume par temps chagrin. Non pas un regard figé sur une toile ou un mur de musée. Mais des centaines de regards, jetés sur la côte comme on jette une poignée de seuils sur la côte bretonne. Des yeux, en céramique, en mosaïque, en mémoire. Des yeux fixés dans le roc, dans la chair même du littoral. Des yeux qui ne clignent pas, qui ne jugent pas, mais qui veillent.
On les croise au détour d’un sentier, d’un muret, d’une cale oubliée. Ils ne crient pas. Ils attendent. Ils vous surprennent comme une marée plus haute que prévu. Et tout à coup, vous ne marchez plus seul. Vous êtes regardé. Accompagné. Protégé peut-être.
Chanteau, ce n’était pas seulement un nom d’artiste. C’était aussi un nom de marin. Et lui, dans le fond, il n’a jamais quitté le bateau. Il a sculpté des yeux comme d’autres balisent une route. Il a semé des phares minuscules, des vigies de l’écume, sur les marges du continent. Comme s’il voulait que jamais la Bretagne ne perde le Nord.
Il disait : « On est tous dans le même bateau. » Alors il a planté ses yeux dans les flancs du pays, comme des compas dans une carte marine. Il a redonné à la côte sa proue, sa prière, sa présence. Il a rappelé, sans hausser la voix, que le monde se regarde autrement depuis la pointe d’un cap battu par le vent.
Aujourd’hui, il n’est plus là et ses yeux pleurent. Symboliquement, du fond du cœur. Car ces yeux-là, n’ont pas besoin de larmes. L’eau de la mer, de la pluie, de la rosée leur suffit. L’air salin les lave. Le vent les soulève. Et ceux qui les croisent comprennent qu’il n’y a pas besoin de pierre tombale quand on a semé l’éveil sur les chemins d’embruns.
Pierre Chanteau est parti. Mais il a laissé à la Bretagne ce que peu d’artistes savent vraiment transmettre : la sensation d’être vu. Pas scruté, pas épié mais vu. Vu comme on voit un frère, un veilleur, un guetteur des choses essentielles.
Il y a désormais un vide dans la houle. Mais dans chaque œil de pierre, une présence. Et tant qu’un promeneur s’arrêtera pour dire « Tiens, regarde ! », alors Pierre ne sera pas mort. Il sera là, derrière la paupière de la terre.
Un soleil mouillé lance ses éclaboussures au vent qui emporte le temps. Atlantide aux bruissements vagues.
En toi est l’errance, en toi est l’erreur. Entends sa voix. Trouve la voie.
Passerelle – Onde première
Là où l’air se couche en pluie, commence la mémoire liquide. Une brise devient onde, et le souffle, soupir d’eau. Je suis ce point de contact, ce passage sans abord, où l’infini s’écoule vers l’intime.
II. Traversée du corps liquide
Cheminement sous-marin. Bathyscaphe en panne d’errance. Perdu sous les splendeurs lumineuses et aquatiques, pris dans une résurgence acoustique, dans un siphon d’aspirations.
Cherche le coquillage frémissant sous les gouttes de lumière. Rencontre les hippocampes de la mémoire. Entends le chant des baleines. Danse dans le ventre de la mer originelle. Entraîné dans une supernova de bulles, plus près des étoiles de mer, noyé dans tes yeux bleus.
Passerelle – La nef chavire
J’ai vu monter des piliers dans les algues, et Marie, renversée, s’ouvrait en silence aux flots d’orage. La nef chavirait — ni prière, ni blasphème — juste le frisson d’un ventre d’écume où l’on s’agenouille sans nom.
III. Marie profonde
Glissement dans les mouvances de la Cathédrale de corail. Chasseur de tes trésors, ô mon amour, toucher les grands fonds des fausses Marie-Anne, sombrer dans la lumière de l’Ô séant.
Passerelle – Émergence
La terre est sortie de moi, hurlant à travers mes flancs. Une langue de limon s’est dressée, et j’ai craché un nom sans lettres.
Le cri n’avait pas de gorge, mais il ouvrait les racines. Le sol s’est mis debout, gorgé de l’eau morte.
J’ai marché sur le ventre du monde, et mes pieds battaient le tam-tam de l’oubli.
IV. Spirale de l’en vert faire
Cri de la forêt qui se construit lentement, glisse le long des fleuves impossibles et grouillant de bêtes.
Serpent venimeux qui initie aux verts secrets de l’improbable, chaleur insoutenable de lourdeur, néant fasciné par l’étincelle de l’univers infini.
Chant de l’oiseau sorcier, appel de la forêt sombre et pénétrante qui t’invite à plonger en toi — près de ton ça aux eaux noires.
Tam-tam tonitruants, destructeurs, comme un chaos qui se construit, qui te construit !
Tout a commencé par une simple demande familiale. Un dimanche ordinaire, ma mère m’a sollicité pour photographier son jasmin en fleurs, celui qui survit sur sa terrasse. Une requête anodine, presque banale. Pourtant, ce petit geste allait déclencher une cascade d’émotions et, finalement, une création artistique inattendue.
Après avoir capturé les délicates fleurs du jasmin, mon regard s’est porté, presque malgré moi, vers le fond du jardin. Là-bas, derrière la haie négligée, se trouvait le verger que mon père entretenait autrefois avec passion. Dix ans après sa disparition, ce lieu semblait m’appeler une fois de plus – un appel à la fois lumineux sous le soleil printanier et profondément mélancolique dans son abandon.
La confrontation avec le temps
Me voilà donc parti, smartphone en main, à travers les hautes herbes et les ronces qui ont progressivement envahi les allées autrefois soigneusement entretenues. Chaque pas dans ce labyrinthe végétal était aussi un pas dans ma mémoire. Je redécouvrais ce territoire de l’enfance, désormais envahi par l’absence et le temps.
Les redécouvertes s’enchaînaient au fil de ma progression: ici, une vieille balançoire rouillée, témoin silencieux des jeux d’antan; là, un ballon décoloré suspendu à une branche depuis combien d’années? Et partout, contrastant avec cette désolation, des fleurs sauvages – primevères, perce-neige, cyclames – qui perçaient obstinément à travers le chaos végétal, comme autant de petites victoires de la vie.
Ces contrastes m’ont profondément touché: la juxtaposition de l’abandon et du renouveau, de la tristesse et de la beauté, du passé révolu et du présent qui persiste à fleurir malgré tout.
De l’émotion au texte
De retour chez moi, ces images tournaient en boucle dans mon esprit. Comment exprimer ce sentiment complexe, cette mélancolie qui n’est pas désespoir, cette nostalgie qui n’est pas que regret? Les mots sont venus, presque naturellement, formant peu à peu les contours d’un texte qui évoquait ma traversée du verger.
Mais quelque chose manquait encore. Une référence littéraire s’est imposée: le poème « Après trois ans » de Paul Verlaine, que mon père aimait tant. Comme Verlaine qui pousse « doucement la porte du petit jardin qu’éclairait doucement le soleil du matin », je revivais cette expérience de retour, mais dans un contexte différent – non pas après trois ans, mais après dix, et sans porte à pousser mais des broussailles à traverser.
Le Verger de mon Père
C’était un dimanche comme les autres. Ma mère m’avait demandé d’aller photographier son jasmin en fleurs, celui qu’elle soigne avec tant d’attention au coin de la terrasse. Mission accomplie, je m’apprêtais à repartir quand mon regard fut attiré vers le fond du jardin. Là-bas, derrière la haie de troènes, le verger de mon enfance m’appelait. Un appel à la fois brillant sous le soleil printanier et désespéré, désespérant dans son abandon.
Après dix ans, me voilà à marcher, boitillant, dans le verger envahi d’herbes folles, de ronces et autres chiendents. Sous le soleil brillant, je suis parti en quête des premiers signes du printemps.
Il faut pourtant braver les obstacles qui se sont accumulés depuis que papa n’est plus là. Il a triste allure, ce verger, et pourtant il se pare encore de ses primevères et de ses délicates fleurs mauves. Et là, figée dans le temps, la vieille balançoire rouillée se balance au gré du vent, avec ses cordages effilochés et son siège délavé par les intempéries. Un ballon orange décoloré, vestige d’après-midis joyeux, pend tristement à l’une des cordes. Ces reliques d’enfance, abandonnées comme des sentinelles oubliées, montent la garde au milieu des tapis de fleurs sauvages.
Il me revient Verlaine qui « avait poussé doucement la porte du petit jardin qu’éclairait doucement le soleil du matin » — ici, je n’ai poussé aucune porte. J’ai dû franchir la brousse qui me bloquait l’accès à ce beau verger où j’avais tant couru enfant. En cet après-midi de dimanche, je vois la désolation tout ornée des jolies fleurs du printemps.
Les petites étoiles jaunes et les primevères roses parsèment le sol comme autant de souvenirs lumineux qui résistent au temps. Elles percent la végétation sauvage qui a repris ses droits, entourant de leur douceur les vestiges de nos jeux d’enfants. Contre le vieux mur de pierre, là où nous cachions nos trésors, les cyclames sauvages semblent veiller sur nos secrets d’autrefois, témoins obstinés d’une vie qui continue malgré l’abandon.
Au loin, les vieux arbres se dressent, squelettiques pour certains, envahis par le lierre pour d’autres. Le ciel bleu paraît presque indécent au-dessus de ce paysage mélancolique où la nature sauvage efface peu à peu l’œuvre de mon père.
Que reste-t-il de ces doux chants que j’entendais quand j’étais enfant ? Le temps passe et fait disparaître ces paradis où nous courrions joyeux et contents, croyant que le temps était aimant. Mais en fait, il n’est jamais qu’un grand méchant qui tue les souvenirs d’enfant.
Et pourtant, ces fleurettes jaunes me murmurent que tout n’est pas perdu, que sous l’apparente désolation, la vie persiste, obstinée, comme un écho lointain des jours heureux.
Le texte avait pris forme, mélangeant souvenirs concrets et impressions poétiques. Mais au fil de l’écriture, une métamorphose s’était opérée: la tristesse initiale s’était teintée progressivement de lumière. Les perce-neige et les primevères n’étaient plus seulement les témoins d’un paradis perdu, mais aussi les promesses d’un renouveau possible.
La transformation musicale
C’est alors qu’une idée a germé: et si ce texte devenait chanson? Plus précisément, comment Charles Trenet, maître dans l’art de transformer la mélancolie en légèreté, aurait-il abordé ce sujet? Cette question a été le point de bascule du projet.
Avec l’aide de Claude, l’IA d’Anthropic, j’ai exploré cette piste, transformant mon texte initial en paroles inspirées du style de Trenet. L’idée de jouer sur les sonorités « pa-pa-pa » s’est imposée, créant un double sens évocateur: à la fois l’évocation de mon père (« papa ») et le rythme swinguant caractéristique de Trenet.
Les images du verger ont trouvé leur traduction sonore: les perce-neige sont devenus des « ding-ding-bling » tintinnabulant au vent, le « caracole » s’est transformé en « père-père-cole », dans un jeu de mots qui aurait pu naître sous la plume de Trenet lui-même. La mélancolie initiale s’est progressivement métamorphosée en une nostalgie dansante, où même la tristesse s’habille de rythmes enjoués.
Pour compléter cette transformation, j’ai fait appel à Suno, une IA musicale capable de générer une mélodie et un arrangement à partir de directives. L’électro-swing m’a semblé le genre idéal pour cette fusion entre passé et présent, tradition et modernité. Les sonorités vintage du swing conjuguées aux beats électroniques contemporains reflétaient parfaitement cette tension entre mémoire et renouveau que j’avais ressentie dans le verger.
La chanson comme réconciliation
« Le Verger de Pa-pa-pa » n’est pas seulement une chanson, c’est le point culminant d’un processus de transformation: de la douleur à l’acceptation, de la nostalgie figée à la mémoire vivante. Elle représente ma façon de dialoguer avec l’absence, non pas en la niant, mais en l’intégrant dans un présent qui continue de fleurir.
En entremêlant les sonorités gaies du swing avec des paroles qui évoquent la perte, en juxtaposant l’abandon du verger et l’obstination des fleurs printanières, cette chanson devient une métaphore de la vie elle-même – avec ses contradictions, ses douleurs et ses renaissances inattendues.
Le processus créatif, de la promenade initiale à la chanson finale, a été une forme de thérapie, une manière de transformer le chagrin en création. Les outils d’intelligence artificielle ont joué le rôle de collaborateurs, amplifiant et transformant mon émotion personnelle sans jamais la remplacer.
« Le Verger de Pa-pa-pa » témoigne ainsi qu’au cœur même de nos pertes les plus profondes, la vie continue de composer sa mélodie – parfois mélancolique, parfois joyeuse, mais toujours, obstinément, présente.
« Le Verger de Pa-pa-pa » est disponible sur ma chaîne YouTube, où j’explore les nouvelles frontières de la création artistique assistée par l’intelligence artificielle, sans jamais perdre de vue l’émotion profondément humaine qui en est la source.
C’est avec plaisir que je vous présente aujourd’hui mon dernier projet musical : « Tranches napolitaines ». Cette création unique est née d’une expérimentation à la frontière entre expression artistique humaine et intelligence artificielle.
Tout a commencé avec une simple photographie que j’ai prise d’un ciel d’hiver strié de nuages, où les arbres dénudés se découpaient contre l’horizon. Cette image m’a suggéré « on dirait une tranche napolitaine », que dirait un dadaïste de cette image ? Cela a inspiré une démarche créative assistée par IA pour explorer les possibilités d’une poésie dadaïste contemporaine.
Une création IA-assistée de bout en bout
Le processus de création de « Tranches napolitaines » illustre parfaitement les nouvelles frontières de l’art à l’ère numérique :
Les paroles ont été développées en collaboration avec une IA, qui a proposé une structure poétique dadaïste intégrant le motif de « tranche napolitaine » comme métaphore centrale.
La composition musicale a été entièrement générée par Riffusion, un outil d’IA spécialisé dans la création musicale. J’ai simplement orienté le style vers les instruments, les sons utilisés et l’atmosphère souhaitée puis Riffusion est parti vers le rock progressif, et j’ai laissé l’algorithme explorer les possibilités sonores.
La production finale représente une véritable symbiose entre sensibilité humaine et capacités génératives de l’intelligence artificielle.
Une esthétique dadaïste pour l’ère numérique
Les paroles de « Tranches napolitaines » explorent la fragmentation de la réalité à travers une métaphore culinaire décalée. Le ciel stratifié devient une glace tricolore, les arbres squelettiques des danseurs absurdes, et nous-mêmes de simples « fourmis confuses » dans ce tableau surréaliste.
Tranche, tranche napolitaine Le monde en couches superposées Tranche, tranche napolitaine La vie absurde découpée Dans ce tableau dadaïste Où tout sens s’est évaporé
Ce refrain, dans sa simplicité apparente, capture l’essence même du projet : une superposition de réalités où l’absurde côtoie le quotidien, où l’art humain se mêle aux algorithmes.
Réflexions sur la création assistée par IA
Je tiens à être totalement transparent : sans l’assistance de l’IA, ce projet n’aurait jamais existé sous cette forme. Ce n’est ni entièrement mon œuvre, ni entièrement celle de la machine, mais plutôt une conversation créative entre deux intelligences de nature différente.
Cette collaboration soulève des questions fascinantes sur l’avenir de la création artistique :
Qui est véritablement l’auteur lorsque l’humain et la machine co-créent ?
Comment nos outils numériques transforment-ils notre expression artistique ?
L’art IA-assisté peut-il atteindre une authenticité émotionnelle comparable à l’art traditionnel ?
À l’écoute
Je vous invite à découvrir « Tranches napolitaines » sur ma chaîne YouTube et à partager vos impressions. Cette expérience n’est qu’un début dans mon exploration des possibilités créatives offertes par la collaboration humain-IA.
L’art a toujours évolué avec la technologie, des premiers pigments aux logiciels de montage numérique. Aujourd’hui, l’IA nous offre un nouveau chapitre dans cette longue histoire de l’expression humaine.
Musique intégralement générée par Riffusion · Concept et direction artistique : P Rivière · 2025
Paroles
Couplet 1 Le ciel se découpe en strates Comme une tranche napolitaine Gris anthracite par-dessus Blanc laiteux au milieu Rose pâle à l’horizon
Refrain Tranche, tranche napolitaine Le monde en couches superposées Tranche, tranche napolitaine La vie absurde découpée Dans ce tableau dadaïste Où tout sens s’est évaporé
Couplet 2 Les arbres squelettiques dansent Leurs mains noires pointent l’absurde Briques rouges fragmentées Clôtures décousues Prairie verdâtre endormie
Refrain Tranche, tranche napolitaine Le monde en couches superposées Tranche, tranche napolitaine La vie absurde découpée Dans ce tableau dadaïste Où tout sens s’est évaporé
Couplet 3 La mélancolie se déguste en couches L’anarchie des nuages proclame Que le monde n’est rien d’autre Qu’une vaste tranche surréaliste Où nous ne sommes que des fourmis confuses
Refrain final Tranche, tranche napolitaine Le monde en couches superposées Tranche, tranche napolitaine La vie absurde découpée Dans ce tableau dadaïste Où tout sens s’est… napolitaine!
De la prose poétique à la chanson : L’histoire de « Cet amour inachevé »
La genèse de cette ballade trouve sa source dans un texte en prose poétique intitulé initialement « Sylvie, cet amour inachevé ». Ce récit explorait les méandres d’un souvenir obsédant : celui d’une jeune Française, Sylvie, rencontrée sur les bancs d’école. Le texte original développait avec minutie les détails de cette histoire : l’atmosphère de l’internat, le blazer immaculé, la présence mystérieuse de cette élève venue de France, jusqu’à son départ forcé par une décision politique touchant les étudiants étrangers.
L’adaptation en chanson a nécessité une condensation tout en préservant l’essence du récit. La structure retenue s’inspire des grandes ballades de la chanson française où le refrain évolue pour porter l’obsession du souvenir. Le leitmotiv « Tu reviens » ponctue chaque refrain, traduisant cette présence fantomatique qui traverse les années.
La chanson conserve les moments clés : la salle de classe, l’internat, la piscine, et cette photo retrouvée qui ravive tout. Mais elle y ajoute une dimension plus universelle : celle d’un premier amour qui continue de hanter, de ces visages bruns qu’on cherche sans jamais retrouver l’original. Le piano et les cordes synthétiques créent une atmosphère intimiste qui souligne la mélancolie du texte.
« Cet amour inachevé » devient ainsi plus qu’une simple chanson d’amour : c’est l’histoire d’une obsession douce-amère, d’un souvenir qui refuse de s’effacer, porté par une musique qui oscille entre nostalgie et espoir suspendu.
Le texte de départ :
Ce matin, tu t’es invitée dans mon lit, discrète comme une étoile filante qui caresse l’ombre avant l’aube. Une à une, les pièces de mon puzzle intérieur se rassemblent. L’image s’éclaire : une salle de classe d’école primaire. Ah ! Les filles d’un côté, les garçons de l’autre, comme deux rivières qui s’écoulent en parallèle sous l’œil vigilant de l’instituteur.
Dans une rangée, une écolière apparaît, fière comme un personnage de manga dont j’ignorais encore l’existence. Toi, Sylvie. Une jupe, un blazer et un chemisier immaculé. Tu venais de France et portais ton étrangeté comme un parfum subtil. Internat oblige, ta vie était mystérieuse, mais ta beauté, elle, éclatait comme un vitrail sous le soleil : longs cheveux bruns, visage angélique.
Et moi, pauvre inconscient que j’étais, je n’avais pas encore goûté aux tourments délicieux de l’amour. Loin d’être éveillé, j’errais dans un sommeil plus profond que celui de la Belle au bois dormant. L’inconscient, pourtant, m’appelait à toi, doucement, comme un violon qui s’accorde.
Nos chemins se croisèrent au gré des années et des hasards. Collège, lycée : toujours dans le même courant, celui de l’économie. Toi, si élégante malgré la modestie de ton milieu, et moi, toujours distrait, sans réaliser qu’un amour secret battait déjà à ma porte. Était-ce réciproque ? Si oui, ma mémoire s’est fait traîtresse, et je m’en veux d’avoir été aveugle à ta lumière.
Je me rappelle, pourtant, la piscine. Les cours de natation, où un compagnon rêvait peut-être de toi, tandis que moi, engourdi, trouvais simplement que tu étais belle, terriblement belle.
Mais le destin, parfois, est un politique médiocre. Un crétin d’élu décida de taxer les étudiants étrangers, et alors que ton diplôme n’était qu’à portée de main, tu dus quitter cette terre pour retourner en France. Tes études, brillantes, restèrent inachevées. Quelle injustice ! Depuis, ce parti politique m’inspire une rancune tenace, un feu que je ne peux éteindre.
Je ne t’ai jamais revue. Les échos de toi, plus tard, m’apprirent que tu t’étais mariée, que le temps avait transformé ton corps. Mais qu’importe ! Pour moi, tu restes figée dans cette image : Sylvie, l’écolière aux cheveux bruns, le rêve inassouvi d’une jeunesse somnolente sans doute indolente.
Aujourd’hui, des coïncidences me ramènent à toi. Une photo retrouvée sur Facebook, un prénom qui résonne, une attirance pour les héroïnes brunes des mangas, une étrange préférence pour les accents français… Tout s’éclaire enfin. C’était toi, Sylvie, qui avais allumé cette flamme sans que je le sache.
Et il ne me reste que des rêves, des regrets. Ces brunettes que je cherche, parfois retrouve, mais jamais n’égale ton image. Toi, Sylvie, premier amour inachevé, empreinte indélébile d’une passion jamais entamée, toujours suspendue.
Le texte de la chanson :
Intro musicale
Couplet 1 Ce matin dans mes rêves éveillés, Des souvenirs d’enfance se sont glissés. Une classe d’école, des bancs séparés, Où mon cœur dormait sans même le savoir.
Refrain 1 Tu reviens, brune aux longs cheveux, Dans mes songes un peu flous Sylvie danse devant mes yeux, Ton image me rend fou Oh Sylvie, dans la ronde des années Tes cheveux bruns tissent au fil de ma destinée
Couplet 2 Tu venais de France avec ta grâce, Une jupe, un blazer, cet air vivace. À l’internat, mystérieuse et fugace, Mon âme assoupie l’ignorait encore.
Refrain 2 Tu reviens, fantôme de lycée, Dans chaque visage croisé Sylvie hante mes pensées, Ton souvenir est figé Oh Sylvie, dans la ronde des années Premier amour aux ailes évaporées
Couplet 3 À la piscine, je te regardais, Cette beauté pure qui resplendissait. Puis la loi t’a cruellement écartée, De notre terre, loin ma chère aimée.
Refrain 3 Tu reviens, dans chaque brune croisée, Dans mes rêves éveillés Sylvie, de toi je suis possédé, Par cet amour jamais avoué Oh Sylvie, dans la ronde des années Que le temps suspend comme un vitrail inachevé
Couplet final Aujourd’hui cette photo me ramène à toi, Mais ces brunettes que je cherche parfois Ne peuvent égaler ce que tu étais, Premier amour enfui à jamais.
Refrain final Tu reviens, toujours tu reviens, Dans mes nuits, dans mes jours Sylvie, mon éternel refrain, Mon impossible retour Oh Sylvie, dans la ronde des années Cet amour reste à jamais inachevé
De la lumière à la chanson : l’histoire d’une création nocturne à Tournai
Il arrive parfois qu’une simple promenade nocturne déclenche une cascade créative inattendue. C’est exactement ce qui s’est produit ce samedi 18 janvier, lors d’une soirée ordinaire qui allait se transformer en aventure artistique.
La magie de l’instant
Tout commence alors que je m’apprête à rejoindre mon véhicule garé de l’autre côté de l’Escaut. En traversant le pont de fer, je suis saisi par la qualité particulière de la lumière qui baigne Tournai. La ville semble se réinventer sous mes yeux, entre ombres et reflets. C’est un de ces moments où le quotidien se pare soudain d’une dimension poétique inattendue.
L’appareil photo sort naturellement de ma poche. Six clichés pour tenter de capturer cette ambiance unique. Après tri, trois images ressortent, porteuses de cette magie nocturne que je viens d’observer.
Du visuel au verbal
Ces trois photographies deviennent le point de départ d’une création textuelle. Un premier poème naît, tentant de traduire en mots cette atmosphère si particulière. Tournai s’y dévoile, endormie sous son « chapeau noir », tandis que les lampadaires filiformes grattent l’obscurité. L’eau de l’Escaut y joue un rôle central, miroir mouvant où la ville se reflète et se réinvente.
Dans ce premier texte, le silence occupe déjà une place prépondérante. C’est un « bal silencieux, sans musique, sans bruit » où seuls les reflets dansent sur l’eau. La ville respire doucement, entre « la morsure du froid et la caresse des néons ».
La métamorphose
C’est alors qu’une petite voix intérieure murmure : « Tourner ? », « Tournai ? ». Et soudain, comme une évidence : « Silence, on tourne ! ». Cette simple phrase fait basculer le projet dans une nouvelle dimension. Le poème initial va se transformer en chanson, mais pas n’importe laquelle : une chanson construite comme un tournage nocturne.
Le texte se réinvente, adoptant le vocabulaire du cinéma. Les lampadaires deviennent des projecteurs, les rues des plateaux de tournage, et l’Escaut le fil conducteur de cette histoire visuelle. Le rythme cool jazz s’impose naturellement, parfait pour porter cette ambiance de film noir urbain.
Les refrains évoluent au fil de la chanson, marquant la progression du « tournage » : de la première à la dernière prise, la ville se dévoile sous différents angles. Les voix off ponctuent le récit, donnant à l’ensemble une dimension presque cinématographique.
La boucle est bouclée
Ainsi, d’une simple observation de la lumière nocturne est né un projet artistique complet. Des photographies ont inspiré un poème, qui s’est métamorphosé en chanson, elle-même structurée comme un film. Une création en plusieurs actes, où chaque étape a nourri la suivante, transformant une promenade ordinaire en une expérience créative singulière.
Cette aventure démontre comment l’inspiration peut surgir des moments les plus simples, et comment une ville familière peut encore nous surprendre, pour peu qu’on la regarde avec des yeux neufs. Tournai, cette nuit-là, est devenue bien plus qu’un décor : elle s’est faite muse et personnage principal d’une histoire qui continue de tourner, au fil de l’eau et des lumières.
Le poème:
Tournai s’endort sous un chapeau noir, Un ciel sans lune, un ciel sans espoir. Mais voilà que des lampadaires filiformes, Dressés comme des allumettes géantes, Grattent l’obscurité, rallument la ville.
Le froid mord les pierres, les pavés soupirent, Mais l’eau du fleuve, calme, tranquille, Attrape la lumière et la fait danser. Un bal silencieux, sans musique, sans bruit, Juste des reflets qui glissent et s’effacent.
Les maisons dorment, les arbres frissonnent, Les voitures s’alignent, figées dans l’attente. Et au bout de la rue, un réverbère s’étire, Fatigué de veiller, mais toujours debout.
Tournai respire, doucement, Entre la morsure du froid et la caresse des néons, La ville se réinvente des histoires dans les éclats, Et l’eau, complice, les emporte au fil du courant.
Ah, Tournai la nuit… Un tableau sans cadre, Un poème sans rime, Où même le silence a des choses à dire.
La chanson :
Voix off – parlé (Silence… Moteur… Action !)
Couplet 1 Premier plan sur la ville qui dort Travelling sur un chapeau noir Les projecteurs, comme des lampadaires Font leur cinéma dans les airs
Refrain 1 Au fil du fleuve, première prise Les lumières dansent, le temps s’éprise Silence, action, Tournai frissonne Dans ce film où la nuit rayonne
Couplet 2 Gros plan sur les pavés qui tremblent Les pierres murmurent, le froid les cambre Sur l’eau du fleuve, plan séquence Des reflets jouent leur performance
Refrain 2 Au fil du fleuve, nouvelle prise Les lumières valent, le temps se grise Silence, magie, Tournai résonne Dans ce film où tout tourbillonne
Bridge Panoramique sur la ville endormie Où chaque rue devient une scène de vie Les réverbères, régisseurs de la nuit Éclairent ce film qui se tisse et luit
Couplet 3 Zoom arrière sur les maisons qui posent Comme des figurants en pause Les arbres frissonnent sous les spots Le vent souffle ses derniers mots
Refrain final – ralenti Au fil du fleuve, dernière prise (On la tient..) Les lumières fondent, le temps se brise (C’est parfait…) Silence, magie, Tournai s’abandonne (Et… Coupez !)
Outro – parlé, avec notes de piano qui s’estompent « C’est dans la boîte… La nuit est à nous… »
Le temps passe… Non chaland… Ne pensons à rien… le courant Fait de nous toujours des errants;
Mon vieil ami le canal, Tes berges sont barrées Par l’hiver et les travaux, Et nos rendez-vous le long de l’eau Me manquent comme une amitié perdue. Ces promenades entre champs et flots, Ces moments de grâce suspendus…
Te souviens-tu de nos premiers pas? Grand-mère, le chien et moi, Traversant les champs écarlates Où dansaient les coquelicots. Du port marchand jusqu’à Roucourt, Vers le château d’Arondeau, Nous tricotions nos parcours Dans la dentelle de tes eaux.
Puis vint Azou, petit fox intrépide, Sur le chemin de halage, c’était moi la barge, Il tirait sur sa laisse comme un marinier avide De conquérir tout l’horizon large. Aujourd’hui parti vers les étoiles, Il me reste ces images volées, Ces instants que mon objectif dévoile, Pour que sa mémoire reste à jamais scellée.
Dans l’objectif de mon appareil, Je capture tes mille visages : Le soleil couchant qui s’éveille Sur ton chemin de halage, Où les herbes folles ondulent Comme une mer d’or qui tangue, Et ton eau qui crépuscule Dans un miroir de langue.
Puis c’est le chaland qui glisse, Long serpent d’acier sur tes flots, Entre les berges complices Où dansent les roseaux. Le ciel bleu se fait plus vaste, Le temps semble suspendu, Dans ce tableau sans faste D’un monde révolu.
Au port de plaisance enfin, Où le ‘Sam Suffit’ veille encore, Les lumières du petit matin Peignent tes eaux d’aurore. Les nuages se mirent, paisibles, Dans ton miroir sans ride, Comme un tableau sensible Où le temps se liquéfie… »
Parfois le ciel s’enflamme De mauves et de violets, Comme si une main de femme Sur la toile du soir peignait. Les arbres, témoins silencieux, Se découpent en dentelles sombres Dans ce tableau prodigieux Où le jour verse ses ombres.
De l’autre côté de la rive, Une génisse au pelage tacheté Me regarde de ses yeux vifs, Reine des prés ensoleillés. Les peupliers en sentinelles Se dressent dans le ciel bleu, Leurs feuilles, dentelles Que le vent fait danser peu à peu.
Les chardons violets s’élancent, Épineux et fiers dans la brise, Tandis que le ciel immense Ses nuages blancs irise. Sous l’arche du vieux pont de pierre, Le canal s’étire, paisible, Comme une porte de lumière Vers un horizon invisible.
Et quand vient le soir tranquille, Le chemin s’étire, infini, Comme un ruban qui défile Vers un horizon assoupi. Les berges dorées s’inclinent Sous le ciel qui s’abandonne, Tandis que l’eau dessine Les secrets que personne ne sonne…
Oui, vieil ami, tu me manques, Mais je sais qu’au printemps prochain, Quand les jours seront moins blancs, Je reviendrai sur ton chemin.
Là, au bord de tes eaux sages, Je retrouverai mes rêves errants, Car le temps qui passe N’efface pas le courant… Ne pensons plus à rien… Le canal fait de nous D’éternels passants, À jamais complices et fous.
Chanson:
Intro – Instrumental doux, mélancolique
Verse 1 – Calme, posé
Mon vieil ami, doux canal silencieux, L’hiver te voile, les chemins sont pieux. Des barrières dressées, des pierres amoncelées, Empêchent mes pas de te retrouver. Et pourtant, je t’entends murmurer Dans le frisson des roseaux balayés.
Chorus – Chaleureux, enveloppant
Le temps passe… Non chaland… Ne pensons à rien… le courant Fait de nous toujours des errants, À jamais complices et fous, Toi, le canal, et moi, debout.
Verse 2 – Nostalgique, tendre
Je me souviens des matins clairs, Grand-mère, son chien, et moi, solitaires, Sur les sentiers rougis de coquelicots, Jusqu’à l’ombre douce d’Arondeau. Chaque pas était une promesse, un sourire, Dans la dentelle de l’eau, nos souvenirs.
Chorus – Chaleureux, enveloppant
Le temps passe… Non chaland… Ne pensons à rien… le courant Fait de nous toujours des errants, À jamais complices et fous, Toi, le canal, et moi, debout.
Verse 3 – Dynamique, émotionnel
Azou, petit fox au regard délirant, Sur le chemin de halage, bondissant. Était-ce moi qui tirais ou bien lui ? Marin d’eau douce, capitaine sans bruit. Aujourd’hui, il danse parmi les étoiles, Mais ses empreintes brillent sous mes semelles bancales.
Bridge – Légèrement aérien
Dans l’objectif de mon appareil, je garde La lumière qui caresse tes eaux bavardes. Un chaland glisse, les roseaux s’inclinent, Et l’horizon doucement se dessine.
Chorus – Intense, émouvant
Le temps passe… Non chaland… Ne pensons à rien… le courant Fait de nous toujours des errants, À jamais complices et fous, Toi, le canal, et moi, debout.
Verse 4 – Profond, contemplatif
Quand le vent déchire les feuillages d’automne, Et que la brume étreint les berges monotones, Je devine encore les voix d’autrefois, Flottant sur l’eau, douces comme ta voix. Chaque reflet d’argent sur l’onde calme Berce mes pensées d’une douce palme.
Chorus – Intense, émouvant
Le temps passe… Non chaland… Ne pensons à rien… le courant Fait de nous toujours des errants, À jamais complices et fous, Toi, le canal, et moi, debout.
Outro – Apaisé, suspendu
Mais quand viendra le doux printemps, Je reviendrai, l’âme flottant, Cueillir tes silences, tes reflets mouvants, Car le courant jamais ne ment. Ne pensons plus à rien… Le canal fait de nous Des passants sans fin, Toi, mon vieil ami, et moi, étreints.
Tout a commencé par quelques lignes écrites un 26 avril 2017. Une publication sur Facebook, simple et spontanée, déposée là comme un murmure au milieu du tumulte numérique. J’y évoquais des souvenirs d’enfance, ceux qui remontent parfois sans crier gare, portés par le parfum des lilas ou le souvenir d’une voix disparue.
En ce mois de janvier 2025, ce texte est revenu frapper à la porte de ma mémoire. Les souvenirs d’autrefois, un peu trop bousculés par le présent, se sont invités sans prévenir. J’ai senti ce besoin de leur donner une autre forme, un autre souffle. Écrire ne suffisait plus. Il fallait que ces mots prennent voix, qu’ils aillent plus loin, puis qu’ils vibrent autrement.
C’est ainsi qu’est née l’idée de transformer ces mots en une chanson. Des paroles directes, nues, qui laissent place à l’émotion brute. Mais trouver le bon ton, la bonne texture sonore, a été un chemin sinueux. Chaque mot devait sonner juste, chaque silence devait résonner.
Pendant des heures, j’ai exploré des sons, des rythmes, des émotions. J’ai cherché cette interprétation qui ne trahirait pas la sincérité du texte, mais qui l’amplifierait. Ce fut un travail de patience et d’exigence, entre hésitations et révélations. Trouver cette voix qui raconte sans artifice.
Aujourd’hui, je vous propose de découvrir ce cheminement.
D’abord, le texte original, fragile et sincère, tel qu’il est né. Puis, cette chanson, ces paroles, où les souvenirs prennent chair dans les vibrations des mots.
C’est un pont entre hier et aujourd’hui. Un hommage à ce qui fut, à ce qui reste. Une tentative de figer l’éphémère, de donner un peu de poids à ces souvenirs qui nous traversent.
Merci de prendre le temps d’écouter, de lire.
Et si ce texte ou cette chanson résonnent en vous, sachez que c’est dans cet écho que mes mots prennent tout leur sens.
Texte :
Sous ce lilas-là, Lili ne lisait pas l’Iliade. Il n’y avait pas Homère, juste grand-mère qui racontait sobrement quelques pages de l’Odyssée de sa vie.
Son Pajotteland, son enfance… Le temps d’antan que le vent emporte avait suspendu son vol, nous laissant jouir de ces dernières heures propices. Bientôt, tu partirais vers le réseau terminus, me laissant ces quelques souvenirs qui étaient tiens et sont devenus miens.
Dans une de ses chansons, Brel trouvait indécent que ces faux amis ne meurent pas au printemps, quand on aime le lilas. Toi, tu es partie avec le printemps, me laissant là.
Nos chemins, tissés d’échanges, allaient bientôt se séparer. Je quitterais bientôt l’appartement au-dessus de la maison où tu vivais, et toi, tu finirais d’abord à l’hôpital, où je constatais, à mon grand désarroi, que la raison t’avait quittée et que tu vivais désormais confuse.
De ce lieu, tu passerais en maison de repos, puis au cimetière. Triste fin.
Depuis, chaque printemps me ramène à toi avec ces bouquets de lilas. Et leurs senteurs me font revenir à nos souvenirs.
Les musées que tu m’avais fait découvrir, les escapades à Bruxelles, les voyages d’un jour. Les promenades dans la nature, le long des chemins de terre et du canal avec la chienne Dolly. Les gaufres et les crêpes au fin fond de l’hiver.
Parfois, des publications du Péruwelz d’autrefois me ramènent à toi. Toi, femme de poigne, femme à l’influence discrète mais efficace.
L’ironie suprême, c’est d’entendre maman parler de toi aujourd’hui, elle qui a déjà bien dépassé l’âge que tu avais atteint. On croirait tous les démons dont elle t’affublait disparus. Et quand je la regarde, je te vois en bien pire.Toi, au moins, tu étais honnête, et tu n’avais pas de porte dérobée pour balancer ta vérité.
Chanson :
Intro – word spoken Sous ce lilas-là… Lili ne lisait pas. Pas l’Iliade, pas Homère. Juste grand-mère… Qui murmurait des fragments d’Odyssée, Des souvenirs égarés, des instants figés.
Couplet 1 Ton “Pailloteland”, ton enfance déliée, Suspendue dans l’air… le vent s’est arrêté. Bientôt, tu partirais, discret terminus, Me laissant des souvenirs, un peu tiens, un peu plus.
Refrain Et chaque printemps me ramène à toi, Sous ces lilas-là , j’entends ta voix. Les musées, les rires, les jours suspendus, Dans l’écho des fleurs, nos souvenirs ont plu.
Couplet 2 Bruxelles en vadrouille, les chemins du canal, Dolly qui court, insouciante et royale. Les gaufres, les crêpes au cœur de l’hiver, Chaleur d’un instant, douceur éphémère.
Pont Et Brel chantait l’indécence, De ne pas mourir au printemps, Toi, tu l’as fait… sans prévenir, Laissant là… ce vide à ravir.
Refrain Et chaque printemps me ramène à toi, Sous ces lilas-là, j’entends ta voix. Les musées, les rires, les jours suspendus, Dans l’écho des fleurs, nos souvenirs ont plu.
Outro Toi, femme de poigne, discrète, sincère, Pas de détour pour dire ce qui est clair. Sous ce lilas-là… je t’écoute encore, Parfum d’absence… murmure d’or.
Du rêve à la chanson : un voyage au Pays des Collines
Dans la douce confusion d’un réveil, parfois les souvenirs nous visitent avec une intensité particulière. C’est précisément ce qui s’est produit un matin, quand une rêverie semi-consciente a fait resurgir tout un pan de mémoire lié à la mythique chaussée Brunehaut. Cette antique voie romaine, qui serpente de Mainvault vers Ellezelles et Flobecq jusqu’au lieu-dit « Le Paradis », est devenue le fil conducteur d’une création poétique puis musicale.
De la rêverie au poème
Ce voyage onirique matinal a d’abord pris la forme d’un long texte poétique évocateur. Les images y affluent comme autant de flashs mémoriels : une boutique de chaussures aux étagères patientes, des grands-parents saisis dans leur quotidien : lui avec sa voix marquée par la maladie, elle penchée sur ses « bondieuseries ». Le texte déroule une série de tableaux vivants : Finette la chienne qui jappe sous les images publicitaires du chocolat Jacques, le four à pain où le grand-père façonne le temps autant que la pâte, la cave où il murmure aux chicons…
Le poème oscille entre la tendresse des souvenirs et l’amertume d’une perte, entre la description précise d’un monde disparu et la rage contenue face à sa disparition. Il se termine sur une note méditative sur la nature même du souvenir, « comme un reflet sur l’eau avant qu’il ne s’efface ».
Du poème à la chanson
Ce texte riche en émotions et en images appelait naturellement une adaptation musicale. Après avoir envisagé plusieurs directions stylistiques, dont une version rap aux sonorités électroniques expérimentales, c’est finalement vers la chanson française traditionnelle que s’est orienté le projet. Plus précisément, vers le style si caractéristique de Charles Trenet, artiste particulièrement apprécié du grand-père et du père évoqués dans le texte.
Cette version finale, intitulée « Le Pays Vert des Souvenirs », transforme la mélancolie du poème original en une douce nostalgie plus légère, plus dansante, tout en préservant la force évocatrice des images. Le texte a été restructuré en couplets et refrains, adoptant les codes de la chanson française des années 40-50 mis en électro swing, avec son élégance formelle et sa capacité à transformer le quotidien en poésie.
Un hommage multiple
Cette création devient ainsi un hommage à plusieurs niveaux : au Pays des Collines et à son patrimoine, aux êtres chers disparus, à une époque révolue, mais aussi à une certaine tradition de la chanson française. La boucle est bouclée quand on réalise que cette œuvre, née d’une rêverie matinale remontant la chaussée Brunehaut vers Le Paradis, unit dans un même élan la mémoire familiale et le patrimoine culturel.
La chanson, disponible sur YouTube, perpétue ces souvenirs et les transforme en un témoignage touchant de la vie dans le Pays des Collines, tout en rendant hommage à ceux qui ont façonné ces lieux de leur présence.
Texte
Au Pays vert, au pays des collines, Quand je remonte la vieille chaussée Brunehaut, Cette route ancestrale qui relie Mainvault à Ellezelles, Cette voie romaine qui mène au Paradis Frôlant les pierres muettes de Wodecq, Les souvenirs, tapis dans les plis du temps, s’éveillent.
Dans ce pays de douces ondulations, Une route discrète serpente À travers les vallées de ma mémoire. Là, dans une maison de rangée à Flobecq, Mon grand-père, sa voix râpeuse comme un cancer, Et ma grand-mère, penchée sur ses bondieuseries, Habitent encore mes pensées.
Leur boutique de chaussures aux étagères patientes, La pièce de vie derrière le comptoir, Où le café danse doucement sur le poêle, Libérant des volutes d’odeur qui collent à la peau des souvenirs.
Une vieille radio chuchote sur un haut buffet fatigué, Et quelques bandes dessinées effilochées s’éparpillent, Comme les fragments d’une enfance dispersée. Finette, la chienne au ventre débordant, Jappe sous les images de chocolat Jacques.
Je goûte à nouveau le chocolat fourré, Niché dans l’étagère, ses images, trésors minuscules. Une petite table, usée, un tiroir grinçant, Une sonnette qui vibre encore des appels d’autrefois.
La cave, refuge souterrain où grand-père murmure aux chicons, Cette longue cuisine comme un couloir où s’efface la lumière. Et le four à pain sous l’auvent, Où je vois mon grand-père s’agiter, Épaules courbées sur la pâte, Comme s’il façonnait du temps.
Un poulailler au fond du jardin, Caché dans les herbes folles, Un vieux téléphone mural interphone qui pend, Comme un témoin recyclé d’une époque disparue.
La salle de télévision, cocon sombre, Où j’éclatais de rire devant Laurel et Hardy, Rires résonnant comme un écho au téléviseur du professeur Tournesol, Dans les pages tremblantes des Aventures de Tintin.
Et puis, au détour d’un chemin, La voix de mon père qui s’élève, File entre les haies, glisse sur les pavés. Il raconte, il revit sa jeunesse, Ses folies, ses chutes, Un coup de mozère pour abréger la vie d’une poule, Un saut périlleux depuis un tandem, Et ce moulin de Wodecq, refuge de son enfance.
Chaque pas sur cette route ravive les plaies du présent, Les égratignures qui s’ouvrent et grondent. Misérable mère qui a tout bazardé, Pour des cendres !
Mais les souvenirs affluent, Insistants, têtus, Et tentent de me consoler, Me rappelant que seuls survivent en nous Ceux qui ont vécu dans nos mémoires.
Le reste ? Des décors en carton, Support fragile pour ceux qui ne sont plus.
Ces éclats de mémoire, Ces filaments de relations éteintes, Je les couche ici, Dans la trame serrée des mots, Comme on fige un reflet sur l’eau Avant qu’il ne s’efface à jamais.
Chanson
[Intro musicale]
[Couplet 1] Au pays vert, au pays des collines, Je remonte la Brunehaut, vieille câline, La route murmure sous mes souliers, Des histoires d’hier, prêtes à danser.
[Refrain] Oh, les souvenirs, doux compagnons, Ils fredonnent au creux des maisons. Un parfum de café, un brin de chanson, Tout se balance en un doux frisson.
[Couplet 2] Dans la boutique aux chaussures tranquilles, Les étagères patientent, les heures défilent. Grand-papa transpire sous la poussière, Grand-maman prie, le cœur en lumière.
[Pont] Finette trottine, ventre en balade, Les images de chocolat font la parade. Le four à pain s’échauffe au matin, Et le vieux téléphone rêve au lointain.
[Refrain] Oh, les souvenirs, doux compagnons, Ils fredonnent au creux des maisons. Un parfum de café, un brin de chanson, Tout se balance en un doux frisson.
[Couplet 3] Papa s’élance, cascade et pirouette, Rit au moulin, s’égratigne quelle fête. Les poules s’envolent, le temps papillonne, Et dans mes pas, son histoire résonne.
[Pont] Ah, la cave et les chicons secrets, La cuisine s’étire, la lumière se tait. Tout s’emballe, tout se mêle, Dans ce théâtre aux décors fidèles.
[Refrain] Oh, les souvenirs, doux compagnons, Ils fredonnent au creux des maisons. Un parfum de café, un brin de chanson, Tout se balance en un doux frisson.
[Outro] Et moi, j’écris, j’écris sans fin, Ces notes posées sur mon chemin. Dansent les souvenirs, tendres refrains, Comme une chanson de grand-papa, c’est bien.
Régine revient : Une mélodie entre souvenirs et jazz
Ce 21 décembre 2024, au solstice d’hiver, il pleut, il vente, et pourtant, une chaleur particulière semble nous envelopper. C’est l’ombre de Régine qui s’invite, discrète mais éclatante, dans un souffle de mémoire et une symphonie d’émotions.
Régine, une amie fidèle et passionnée de jazz, nous a quittés il y a quelque temps, mais son souvenir reste vibrant, indélébile. De son souvenir éclatant sur une photo de mes 17 ans à sa voix, elle a marqué des vies comme un solo de trompette qui résonne longtemps après la fin du morceau.
C’est pour elle que cette chanson est née : « Régine revient ». Un morceau de jazz au swing mélancolique, empreint de nostalgie et d’amour. Les paroles évoquent les roses, le souffle des trains et ces instants partagés qui nous rappellent que l’empreinte des êtres chers ne s’efface jamais. La musique, portée par une contrebasse ronde et un piano vibrant, recrée l’atmosphère chaleureuse d’un club de jazz, là où le temps semble suspendu.
Régine aimait le jazz. Elle aurait peut-être souri à ces notes qui dansent, à ce refrain qui dit : « Tant qu’on t’aime encore, tu joues du décor, Tant qu’on rit, tant qu’on pleure, tu vibres au fond des cœurs. »
Cette chanson n’est pas seulement un hommage. C’est une déclaration : Régine vivra aussi longtemps que nous vivrons et nous souviendrons. Elle est là, dans chaque sourire que nous partageons, dans chaque éclat de musique qui nous touche l’âme. Elle est là, dans l’odeur des roses, dans le souffle du train, dans le rythme même de nos vies.
Un appel à la mémoire « Régine revient » n’est pas qu’une chanson ; c’est une invitation à se souvenir. Souvenir des amitiés fortes, des instants volés au temps, des rires partagés. C’est aussi une ode à ceux qui restent, ceux qui dansent encore, porteurs de ces histoires qui méritent d’être contées.
Alors, si vous passez par ici, prenez un moment. Écoutez la chanson, laissez-vous porter par le swing, et pensez à ceux que vous aimez. La musique est une forme de mémoire, une manière de continuer à dire « je t’aime » quand les mots ne suffisent plus.
Merci, Régine, pour cette lumière que tu as semée. Tu reviens dans chaque refrain. Tu danses encore dans les cœurs.
Couplet 1 Ce 21 décembre, le vent joue des claquettes, Sur les trottoirs mouillés où s’étiolent les fleurettes. Régine, t’as laissé ton ombre en veston, Elle glisse entre les passants, comme une vieille chanson.
Refrain Régine revient, dans chaque refrain, Dans l’odeur des roses et le souffle du train.
Couplet 2 Ta maison près de la gare, un piano désaccordé, Des chats qui miaulaient l’amour en si bémol facile à cirer. Pirouette et Cacahuète, où sont passés vos pas ? Ils dansent sur le carrelage des souvenirs qu’on n’efface pas.
Refrain Régine revient, dans chaque refrain, Dans l’odeur des roses et le souffle du train. Tant qu’on t’aime encore, tu joues du décor, Tant qu’on rit, tant qu’on pleure, tu vibres au fond des cœurs.
Couplet 3 Six mois de silence, un goût amer au bec, On n’a su que trop tard que tu prenais la poudre d’escampette. Mais dans la photo jaunie d’un jour de mes 17 ans, Ton sourire éclabousse encore nos cœurs vieillissants.
Refrain Régine revient, dans chaque refrain, Dans l’odeur des roses et le souffle du train. Tant qu’on t’aime encore, tu joues du décor, Tant qu’on rit, tant qu’on pleure, tu danses dans nos cœurs.