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L'art de rentrer dans le lard du sujet Les essais de Pascal Rivière Si j'étais Rimbaud ?

Errances subaquatiques et spirales terrestres

Télégramme astral d’un naufragé de la forêt

I. Éclats d’eau et d’oubli

Un soleil mouillé
lance ses éclaboussures
au vent qui emporte le temps.
Atlantide aux bruissements vagues.

En toi est l’errance,
en toi est l’erreur.
Entends sa voix.
Trouve la voie.

Passerelle – Onde première

Là où l’air se couche en pluie,
commence la mémoire liquide.
Une brise devient onde,
et le souffle, soupir d’eau.
Je suis ce point de contact,
ce passage sans abord,
où l’infini s’écoule vers l’intime.

II. Traversée du corps liquide

Cheminement sous-marin.
Bathyscaphe en panne d’errance.
Perdu sous les splendeurs
lumineuses et aquatiques,
pris dans une résurgence acoustique,
dans un siphon d’aspirations.

Cherche le coquillage
frémissant sous les gouttes de lumière.
Rencontre les hippocampes de la mémoire.
Entends le chant des baleines.
Danse dans le ventre
de la mer originelle.
Entraîné dans une supernova de bulles,
plus près des étoiles de mer,
noyé dans tes yeux bleus.

Passerelle – La nef chavire

J’ai vu monter des piliers dans les algues,
et Marie, renversée,
s’ouvrait en silence aux flots d’orage.
La nef chavirait —
ni prière, ni blasphème —
juste le frisson d’un ventre d’écume
où l’on s’agenouille sans nom.

III. Marie profonde

Glissement dans les mouvances
de la Cathédrale de corail.
Chasseur de tes trésors,
ô mon amour,
toucher les grands fonds
des fausses Marie-Anne,
sombrer dans la lumière
de l’Ô séant.

Passerelle – Émergence

La terre est sortie de moi,
hurlant à travers mes flancs.
Une langue de limon s’est dressée,
et j’ai craché un nom sans lettres.

Le cri n’avait pas de gorge,
mais il ouvrait les racines.
Le sol s’est mis debout,
gorgé de l’eau morte.

J’ai marché sur le ventre du monde,
et mes pieds battaient le tam-tam de l’oubli.

IV. Spirale de l’en vert faire

Cri de la forêt
qui se construit lentement,
glisse le long des fleuves impossibles
et grouillant de bêtes.

Serpent venimeux
qui initie aux verts secrets de l’improbable,
chaleur insoutenable de lourdeur,
néant fasciné par l’étincelle
de l’univers infini.

Chant de l’oiseau sorcier,
appel de la forêt sombre et pénétrante
qui t’invite à plonger en toi —
près de ton ça aux eaux noires.

Tam-tam tonitruants, destructeurs,
comme un chaos qui se construit,
qui te construit !

Spirale de l’en vert faire.